Laurent Mauvignier a obtenu le Prix Goncourt 2025 pour son roman « La Maison Vide », une brique de plus de 700 pages d’une écriture dense : la vie de cinq générations d’une famille de la campagne avec ses drames, ses secrets, ses non-dits.
Voilà un livre qui sort de l’ordinaire, prenant, envoûtant,
écrit dans un style très particulier : des phrases longues, longues,
qui n’en finissent pas (un peu à la manière de Marcel Proust), avec des
redites, des retours en arrière, d’interminables descriptions : une nuit
de noces d’autrefois est relatée en treize pages … et cela n’a rien d’érotique.
Quant au prologue, il donne le ton avec ses vingt pages bien compactes…
Laurent Mauvignier est sans conteste un grand écrivain mais pourquoi
faire si long ? Le lecteur lambda ne pourra s’empêcher de sauter des
paragraphes, même des pans entiers de chapitre … sans jamais perdre le fil du
récit, tellement c’est redondant. Un genre d’une autre époque, quand on avait
le temps et qu’on le prenait…
En finissant cette saga familiale, après des heures
de lecture, je me suis pris à regretter Maupassant et ses nouvelles de quelques
dizaines de pages. Il ne lui en fallait pas plus pour planter le décor d’une
histoire attachante en créant une atmosphère particulière.
Pourquoi faire si long ?
Voici un exemple typique du
style de l’auteur, une de ses multiples phrases à rallonges :
« Entre la permission de Jules en janvier 1916 et le mois de
novembre 1922, le temps a passé comme une eau saumâtre qui semblait endormie et
qui pourtant s’est écoulée, et Marie-Ernestine a vu sa fille grandir, ou plutôt
l’a regardée pousser comme une mauvaise herbe qu’on hésite à arracher entre
deux pierres – vivace ingrate obstinée à s’élancer à travers le brouillard pour
chercher sa part de soleil – plante aux visées tentaculaires dont sa mère a
observé les efforts de croissance avec étonnement et presque embarras, comme si
c’était une anomalie de voir une enfant se développer aussi vite, aussi bien,
comme si c’était une incongruité de voir ce petit corps petit et rond, robuste
et déjà lourd s’épanouir et accomplir ce pourquoi il était fait. »
Autant savoir.